Les villes sont mondialisées et la population mondiale est urbaine. À l’échelle planétaire, le développement des réseaux de transports routiers et autoroutiers au 20e siècle a créé l’éclatement des villes. Sans limites et diffuses, les villes et les métropoles se sont étalées en territoires indéterminés pour se densifier à nouveau. Ces territoires urbains sont aujourd’hui en quête de cohérence, de sens et d’expressions parce que génériques, ils deviennent illisibles, incernables. Ce développement urbain est de plus en plus synonyme de banalisation, laissant partout les mêmes empreintes d’entrées de villes, de centres commerciaux, d’échangeurs autoroutiers, de développements pavillonnaires résidentiels, d’affichages publicitaires, d’espaces en déréliction qui s’apparentent aux non-lieux. Ainsi, lorsque nous pensons à la ville, nous évoquons de plus en plus l’idée d’un territoire urbain à réaménager, à projeter pour répondre à des enjeux de plus en plus complexes tant locaux (densification, embourgeoisement, inégalité sociale, interculturalité, migration, inclusion, résilience environnementale, etc.) que globaux (les changements climatiques, la biodiversité, la gestion environnementale, l’énergie, etc.). Face à ces constats, le devenir du territoire urbain constitue l’une des principales préoccupations paysagères. La qualité des paysages urbains est associée aujourd’hui à des enjeux environnementaux (climat, santé, biodiversité), sociaux (cadre de vie) et économiques déterminants (tourisme, développement économique, etc.) avec la question de l’attractivité territoriale, du patrimoine et de l’identité. Ce contexte appelle donc à considérer la dimension paysagère comme un concept de valeurs sociales et culturelles affirmées et fluctuantes dans le temps qui agit sur le bien-être des populations urbaines tout en étant une valeur ajoutée à vivre la ville, à la découvrir et à la développer durablement. 

Ces considérations mènent à imaginer le dessein des villes et les réponses à leurs enjeux par l’idée du paysage urbain et de visions paysagères stratégiques qui portent en elles le contexte et ses singularités, les liens de cohérence au territoire, les expériences sensibles et les appropriations au lieu. Penser le devenir de l’urbain dans ces termes implique de considérer la question paysagère en amont d’une planification urbanistique afin qu’elle soit reconnue comme étant l’une des assises stratégiques de toute démarche de préservation, de mise en valeur et de développement du territoire. C’est le défi que relève depuis plus de 15 ans, la Chaire UNESCO en paysage urbain avec son réseau de coopération scientifique dans des villes et métropoles de différentes régions du monde. Et, c’est ce qu’elle poursuit avec le développement d’un champ de recherche complémentaire sur l’instrumentation des processus de design stratégique (ex. : démarche participative, co-conception, etc.) et des méthodes innovantes de caractérisation et d’idéation qui serviront d’intrants dans la mise en œuvre des projets urbains.